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L’ «expropriation prolétaire» du cardinal Krajewski

(Roberto de Mattei, Correspondance Européenne, 31 mai 2019)

Le 12 mai, le cardinal Konrad Krajevski, aumônier du pape François, a remis en fonction l’électricité d’un immeuble occupé illégalement dans le centre de Rome, via Santa Croce in Gerusalemme. Pour pouvoir la réactiver, il a dû rompre les scellés posés par ACEA, l’agence publique qui avait procédé au blocage le 6 mai, car depuis 5 ans, les factures impayées par les occupants s’élèvent à plus de 300 000 €.

La responsabilité des impayés et de l’occupation abusive de l’immeuble est celle de l’association Action-Diritti in movimento, centre social dirigé par un militant d’extrême gauche, Andrea Alzetta, surnommé “Tarzan”, contre lequel ont déjà été déposées plusieurs plaintes pour violation de domicile, dégradation d’immeuble et résistance à agent de la force publique.

Le représentant du pape Bergoglio a commis une faute plus grave encore que ce que l’on pourrait imaginer. En Italie, l’article 349 du Code Pénal prévoit une peine de prison de six mois à trois ans pour qui viole les scellés apposés par les autorités. En outre, étant donné que le branchement est abusif, le geste de l’aumônier pontifical est également un délit de vol d’énergie. Le cardinal Krajevski a donc transgressé la loi et s’en est vanté publiquement, déclarant sur le ton du défi qu’il était prêt à en assumer la responsabilité. Mais au-delà de l’aspect pénal, nous nous trouvons face à la canonisation du principe selon lequel il serait licite de violer la légalité pour son orpre intérêt ou celui de groupes sociaux.

En un mot, c’est le principe de l’ « expropriation prolétaire » que pratiquaient les Tupamaros, les Brigades Rouges et les no-global. La certitude du droit et le respect des lois sont les seules barrières qui protègent la communauté civile de l’anarchie et de la violence, mais ce qu’ont en commun le cardinal Krajevski, salué par le journal la Repubblica comme un nouveau Robin des Bois, l’ex-maire de Riace Mimmo Lucano, accueilli comme une star à l’université de la Sapienza et le leader des “désobéissants” Luca Casarini, mis en examen récemment pour soutien d’immigration clandestine, est bien le mépris des lois de l’Etat, au nom d’une éthique politique qui n’a rien à voir avec l’éthique chrétienne.

En cas de conflit entre la loi positive et la loi naturelle, c’est certes cette dernière qui prévaut. Mais notre société nie l’existence d’une morale objective et absolue qui soit le point de référence pour refuser les lois civiles qui s’y oppose. Aujourd’hui règne le positivisme juridique pour lequel n’est bon et juste que ce que la loi établit comme tel. Le cardinal en outre n’ont seulement n’a pas agi au nom de la loi naturelle, mais l’a violée, parce que le Décalogue interdit de voler, et le vol transgresse ce commandement.

Le 18 mai a eu lieu à Rome la neuvième édition de la Marche pour la Vie qui réitère le refus de la loi 194 du 22 mai 1978, responsable en quarante ans de six millions d’avortements en Italie. Cette loi nie un commandement de la loi divine, qui interdit de tuer l’innocent. Les abortistes répondent que la loi 194 est une loi de l’Etat, et qu’il faut donc l’a respecter intégralement. Si pour sauver un enfant de l’avortement, on avait recours ne serait-ce que dans une moindre mesure à l’illégalité, on n’aurait aucune justification possible pour le coupable. En effet, on va jusqu’à interdire aux militants pro-vie de faire renoncer les femmes à avorter, comme ce fut le cas au Canada, où Mary Wagner a déjà passé, au total, plus de cinq ans de prison pour le simple geste d’apporter des roses rouges, des informations et des prières dans les cliniques où sont pratiqués les avortements.

Pour justifier l’acte illégal de l’aumônier du pape, on a invoqué l’article 54 du code pénal qui stipule « on ne peut pas punir celui qui a commis un fait s’il a été forcé par la nécessité de se protéger lui-même ou autrui, d’un danger actuel de préjudice grave à la personne». Mais aucune voix d’évêque ou de cardinal ne s’élève pour exhorter à la désobéissance civile contre la loi 194 qui impose l’homicide d’Etat. Et pourtant supprimer la vie d’êtres humains innocents est bien plus grave que d’enlever une semaine l’électricité aux habitants d’un immeuble illégalement occupé. 

Fonte: Correspondance Européenne

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