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Donner à Dieu la place qui lui convient

(Roberto de Mattei, Correspondance Européenne, 29 mai 2020)

En quelques mois, le coronavirus a infecté plus de cinq millions de personnes, faisant plus de trois cent mille morts dans 196 pays et territoires. Cette pandémie inattendue et incontrôlable a non seulement causé des morts mais aussi des bouleversements sociaux et des formes de panique sociale. Plus encore que la peur de la maladie, la peur de l’avenir s’est propagée, avec des sentiments de frustration et de colère envers les événements qui ont bouleversé toutes les habitudes. Ainsi, si pour certains le temps du coronavirus a été une période de prière et de recueillement, beaucoup d’autres l’ont vécu avec amertume et malaise. Mais ce que nous pouvons appeler l’époque du coronavirus n’est pas terminée et nous devons essayer de la vivre avec une profonde paix de cœur.

Le principe dont nous devons partir est que Dieu est l’auteur de tout, en dehors du péché, et fait tout avec une parfaite sagesse. À son tour, la sagesse de l’homme consiste à se conformer à la volonté de Dieu, qui se manifeste dans chaque endroit de l’espace et à chaque instant du temps. «Nous devons nous conformer à la volonté de Dieu – dit un grand auteur spirituel, le père Jean-Baptiste Saint-Jure – dans toutes les calamités publiques, telles que la guerre, la famine, la peste, révérer et adorer ses jugements avec une profonde humilité, et, quelques rigoureux qui paraissent, croire avec toute assurance que ce Dieu d’infinie bonté n’enverrait pas de semblables fléaux s’il ne devait en résulter de grands biens» (La Divine Providence, Editions Saint-Paul, Versailles 1998, p. 64).

Tous les cheveux de notre tête sont comptés (Mt 10, 30) et pas un seul ne tombera si ce n’est par la volonté de Dieu (Lc 21, 18). Rien de mauvais ne peut nous arriver qui ne soit voulu ou permis par Dieu. Même en période de calamités publiques et de bouleversements sociaux, Dieu nous protège et nous assiste et nous devons favoriser sa protection avec une tranquillité imperturbable de l’âme.

«Une imperturbabilité absolue! Voici le véritable état du vrai chrétien», explique Dom François Pollien (Cristianesimo vissuto, Edizioni Fiducia, Rome 2017, p. 121). La paix chrétienne est une paix que rien ne dérange, rien ne change, rien n’interrompt, dans la joie et la douleur, dans les succès et les adversités. Pour le chrétien, une seule chose a de la valeur: la volonté de Dieu. L’homme agité est celui qui a perdu le repos de l’âme et est donc sans paix. Par exemple, l’homme inquiet s’inquiète pour son corps et son avenir, oubliant la réponse du Seigneur à ce tourment de l’esprit: «C’est pourquoi je vous dis: Ne vous inquiétez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps, de quoi vous serez vêtus. La vie n’est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement? Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie? Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement? Considérez comment croissent les lis des champs: ils ne travaillent ni ne filent; cependant je vous dis que Salomon même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Si Dieu revêt ainsi l’herbe des champs, qui existe aujourd’hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi? Ne vous inquiétez donc point, et ne dites pas: Que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi serons-nous vêtus? Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. Votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. Ne vous inquiétez donc pas du lendemain; car le lendemain aura soin de lui-même. A chaque jour suffit sa peine» (Mt 6, 25-34).

Ainsi, dans le Dialogue de la Divine Providence, le Seigneur dit à sainte Catherine de Sienne: «Il semble que les hommes ne croient pas que je suis assez puissant pour les secourir, fort pour pouvoir les aider et les défendre contre leurs ennemis, sage pour illuminer leurs intelligences; ni que j’ai la clémence de leur donner ce qui est nécessaire au salut, ni d’être riche pour les enrichir, ni d’être beau pour leur donner de la beauté, ni d’avoir de la nourriture pour les nourrir et d’habits pour les couvrir» (Cantagalli, Sienne 1988, p. 306).

Nous l’avons vu à l’époque du coronavirus. L’homme agité est celui qui voit dans l’épidémie un ennemi invisible et sombre qui menace son avenir. L’homme agité ressent un danger qui le menace, un danger inattendu devant lequel personne ne sait se défendre, et d’où de nouveaux désastres surgiront, comme si Dieu n’était pas capable d’ordonner tous les maux au bien. L’homme agité voit la conspiration des hommes dans des calamités publiques, mais pas la main de Dieu, et le diable pousse l’homme à l’agitation pour le soustraire à l’action divine et le jeter dans les initiatives humaines.

Aujourd’hui, tout le monde se demande quel est le meilleur choix, qu’il s’agisse de «mourir de coronavirus ou de famine». Ceux qui veulent éviter la mort par coronavirus défendent les mesures drastiques du gouvernement pour protéger la santé des citoyens; ceux qui craignent la famine, conséquence de l’effondrement économique de la société, voudraient abolir ces mesures restrictives pour relancer l’économie. Le dilemme se situe entre une quarantaine qui protège la santé mais nuit à l’économie et une libéralisation des mouvements qui profite à l’économie mais risque de nuire à la santé. Cependant, la solution n’est pas tant de rechercher une solution intermédiaire entre les deux positions, mais de changer complètement la perspective. En fait, nous devons nous demander si nous voulons mourir en mettant Dieu en quarantaine, ou si nous voulons vivre en redonnant à Dieu sa place dans la société.

Mettre en quarantaine Dieu signifie fermer les églises, supprimer les messes, éliminer toute forme de respect et de vénération pour le Saint-Sacrement, manipuler l’Eucharistie avec des gants et forcer les fidèles à la recevoir entre leurs mains. Rendre sa place dans la société à Dieu signifie lui rendre le culte qui lui est dû, rétablir la communion dans la bouche et à genoux, et laisser toute liberté pour célébrer les cérémonies religieuses. Mais cela signifie surtout se souvenir que Dieu a une priorité absolue. Il doit passer avant notre vie physique, et doit avoir la première place dans les idées, les lois, les coutumes. Si cela ne se produit pas, le monde tombe dans le désordre. Les dilemmes tragiques, tels que le choix de mourir de la peste ou de la famine, sont la conséquence de ceux qui refusent de donner à Dieu la place qui Lui convient dans la vie des individus et de la société. 

Fonte: Correspondance Européenne

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