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La réinterprétation de la doctrine de l’Église

(Roberto de Mattei, Correspondance Européenne, 11 octobre 2019)

Ci-après le texte de l’intervention du prof. Roberto de Mattei à la table ronde internationale entre journalistes organisée par Voice of the Family le 4 octobre dernier à l’Hotel Massimo d’Azeglio de Rome.

Au sein de l’Eglise catholique, il y a aujourd’hui deux religions.

La première : le catholicisme de toujours, la religion de ceux qui, dans la confusion actuelle, restent fidèles au Magistère immuable de l’Eglise.

La seconde, qui il y a encore quelques mois n’en avait pas, porte aujourd’hui un nom: la religion amazonienne, car, aux dires de qui gouverne aujourd’hui l’Eglise, il y a ce projet de lui donner “un visage amazonien”.

Ce que l’on entend par visage amazonien est expliqué dans l’Instrumentum laboris du synode d’octobre et dans les nombreuses déclarations des théologiens, évêques et cardinaux qui ont préparé ce document. Il s’agit de « réinventer » l’Eglise selon les termes de Leonardo Boff (Ecclesiogenesi. Le comunità di base reinventano la Chiesa, Borla, Rome 1978). L’ecclésiogenèse de Boff est devenue une cosmogenèse, qui, dans la ligne de l’environnementalisme post-moderne, a un objectif plus large : réinventer non seulement l’Église, mais la création dans son ensemble sur la base d’un nouveau « pacte cosmique » (Grido della Terra, grido dei poveri – Per una ecologia cosmica, tr. it. Assisi, Cittadella, 1996).

Et l’on y parvient par la méthode de réinterprétation de la vérité de la foi catholique. Le modernisme avait déjà enseigné que le moyen le plus efficace de nier la vérité n’était pas de l’attaquer frontalement, mais bien de la déformer. La réinterprétation est une négation indirecte de l’enseignement de la foi, plus profonde que l’attaque frontale. Elle consiste à attribuer aux mots un sens nouveau.

Par exemple, le premier article de notre Credo enseigne : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ».

L’Instrumentum laboris propose une « vision du monde contenue dans le mantra de François: tout est connecté » (section 25). Cependant, aucune partie du document n’affirme que toutes les choses sont ordonnées hiérarchiquement à Dieu, leur Créateur, et distinctes de Lui. La Terre est présentée comme une biosphère, un écosystème, qui inclut Dieu en son sein et dans laquelle la loi suprême est celle de l’égalité de toutes choses. En réalité, la règle principale de la création n’est pas l’interconnexion égalitaire de toutes choses, mais leur ordinatio ad unum. Les erreurs du panthéisme ancien et moderne, qui absorbe Dieu dans le monde ou le monde en Dieu, ont été condamnées à plusieurs reprises par l’Église. Selon la foi catholique, «Dieu est distinct du monde» (Concile Vatican I, Constitution dogmatique Dei filius in Denz., Art. 3001) et, comme cela fut rappelé au Concile Vatican I, «si quelqu’un affirme que la substance et l’essence de Dieu et de toutes choses sont une et identiques, qu’il soit anathème» (ivi, n° 3923).

La nouvelle religion amazonienne réinterprète et déforme le premier article du Credo, en s’appuyant sur la « sagesse ancestrale » des peuples autochtones qui voient Dieu dans les éléments physiques de la nature, sans comprendre que Dieu transcende ces éléments. Ils n’ont pas la notion de transcendance, parce qu’ils n’ont pas la notion de création, et ils confondent Dieu avec la nature, qui pour eux est un tout qui contient Dieu. Le christianisme explique au contraire que Dieu a tout créé et est partout, mais qu’aucun lieu ne peut le contenir parce que Dieu est immense, non pas dans un sens matériel, mais dans un sens métaphysique et transcendant. Dieu remplit les cieux et la Terre, mais les cieux et la Terre ne Le contiennent pas.

La religion amazonienne non seulement nie la transcendance de Dieu en l’incluant dans la nature, à l’instar du panthéisme, du panenthéisme et du monisme ; mais nie aussi son unité, comme le fait le polythéisme païen. Par polythéisme, nous entendons la croyance en une pluralité de dieux, contrairement au monothéisme, qui est la croyance en un seul Dieu. La religion amazonienne est une religion polythéiste car elle applique la notion de Dieu à des éléments individuels de la nature, en réduisant l’absolu au niveau du fini, le spirituel au niveau du matériel.

Leonardo Boff, l’éco-théologien de la Libération qui a contribué à la rédaction de l’encyclique Laudato sì, déclare : « Quelle que soit notre clé de lecture, nous devons reconnaître que les païens avaient cette capacité extraordinaire : ils pouvaient entrevoir la présence de dieux et de déesses en toutes choses. Dans les bois, Pan et Silvanus, dans la Terre, Gaia Demeter (= notre mère la Terre) ou Cérès, dans le soleil, Apollo et Phoebus, etc. (Grido della terra e grido dei poveri, cit. p. 355).

L’Instrumentum laboris résume les mêmes panthéisme et polythéisme en ces termes qui font référence à Laudato sì : « La vie des communautés amazoniennes, toujours libres de l’influence de la civilisation occidentale, se reflète dans leurs croyances et leurs rituels liés aux actions des esprits, de la divinité – que l’on nomme de différentes façons – avec et sur le territoire, avec et en relation avec la nature. Cette vision du monde est contenue dans le mantra de François : tout est connecté »(LS 16, 91, 117, 138, 240) . Cette même vision du monde est exprimée dans de nombreux autres passages du document.

Avec tout le respect que l’on doit aux autorités ecclésiastiques, j’accuse tous ceux qui ont approuvé, ou approuveront, l’Instrumentum laboris sur l’Amazonie, de polythéisme ou, plus précisément, de polydémonisme, car « toutes les divinités des Gentils sont des démons ; tandis que Notre Seigneur a créé les cieux » (Psaume 95, 5).

Deux religions ne peuvent coexister dans la même Eglise.

J’appelle les cardinaux et les évêques qui sont encore catholiques, à faire entendre leur voix contre ce scandale. Si leur silence continue, nous continuerons nous aussi à demander instamment l’intervention des Anges et de Marie, Reine des Anges pour qu’ils sauvent la Sainte Église de toute forme de réinvention, de déformation et de réinterprétation.

Fonte: Correspondance Européenne

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