États-Unis contre Iran : une violation du droit ?

Stati Uniti contro Iran: una violazione del diritto?

L’intervention militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran a suscité dans le monde une vague de controverses. La Corée du Nord, la Russie et la Chine ont parlé d’« agression illégale », stigmatisant une violation du droit international. Poutine a utilisé des termes tels que « violation cynique du droit », tandis que Pékin qualifiait d’inacceptable l’assassinat du leader iranien Ali Khamenei.

En Occident, la plupart des journaux de gauche, du New York Times au Guardian, en passant par El Pais et Le Monde, ont repris ces accusations. En Italie, le quotidien Il Manifesto les a exprimées en ces termes : « L’agression américaine et israélienne contre l’Iran est un nouveau coup porté au droit international. Il s’agit d’une violation flagrante de la norme fondamentale de la Charte des Nations unies, qui, dans son article 2, interdit le recours à la force contre un État souverain » ; c’est « la proclamation officielle, par la plus grande puissance militaire du monde, de la loi du plus fort comme nouvelle norme fondamentale des relations internationales » (Il Manifesto, 2 mars 2026).

En réalité, la loi du plus fort régit les relations entre les États depuis plus de deux siècles. Le droit international a été systématiquement violé depuis que Napoléon Bonaparte a voulu exporter dans toute l’Europe, à la pointe des baïonnettes, les idées de la Révolution française. L’État italien lui-même a été fondé le 17 mars 1861 en violation du droit international, par l’agression et la destruction, par le royaume de Sardaigne, d’États souverains légitimes tels que les États pontificaux, le royaume des Deux-Siciles, le grand-duché de Toscane, le duché de Parme et Plaisance, le duché de Modène et Reggio.

Le prince Clément de Metternich, qui, lors du Congrès de Vienne (1814-1815), rétablit l’ordre politique européen bouleversé par la Révolution française, résuma son « système » de gouvernement par la formule : « la force dans le droit » (Mémoires, 1880-1884).  Le « système Metternich » supposait non seulement l’existence de règles de droit partagées par toutes les nations, mais aussi la capacité d’utiliser la force pour les faire respecter. Ce système fut renversé par la Conférence de Paix de Paris qui, en 1919-1920, restructura l’Europe après la Première Guerre mondiale. Admirateur de Metternich, Henry Kissinger, rappelle dans son ouvrage Diplomacy (1994) que, dans l’entre-deux guerres, c’est le président américain Wilson, père de la Société des Nations, créée en 1919 pour garantir le nouvel ordre international, qui remplaça le chancelier autrichien Metternich comme architecte du nouvel équilibre international.

La Seconde Guerre mondiale, provoquée par l’expansionnisme national-socialiste, a scellé l’échec de la Société des Nations. En 1945, fut créée l’Organisation des Nations Unies pour rétablir la paix internationale au nom de la « force du droit », mais l’histoire de l’après-guerre a été marquée par une multitude de guerres et d’interventions armées qui ont dissipé cette illusion : Corée, Vietnam, Afghanistan, Irak, Balkans, Moyen-Orient. L’invasion russe de l’Ukraine, en février 2022, a été la dernière violation flagrante du droit international, face à laquelle l’ONU a montré, une fois de plus, toute son impuissance. La raison en réside précisément dans l’absence de cette «force dans le droit» à laquelle le prince de Metternich faisait référence comme norme de gouvernement. Quelles sont en effet, dans la société contemporaine, les règles du droit et quelle est l’autorité capable de les imposer ?

Dans son encyclique Summi Pontificatus du 20 octobre 1939, Pie XII identifiait la « racine profonde et ultime du mal » dans la « négation d’une norme morale universelle », valable tant pour la vie individuelle que pour la vie sociale et les relations entre les États. La cause de la guerre qui venait d’éclater était « la méconnaissance » et « l’oubli de la loi naturelle », fondée en Dieu comme législateur suprême. Dans le même document, le Souverain Pontife affirmait : « Le nouvel ordre du monde, de la vie nationale et internationale, une fois apaisées les amertumes et les cruelles luttes actuelles, ne devra plus reposer sur le sable mouvant de règles changeantes et éphémères, laissées aux décisions de l’égoïsme collectif ou individuel. Ces règles devront s’appuyer sur l’inébranlable fondement, sur le rocher infrangible du droit naturel et de la révélation divine ».

L’idée du droit naturel a été exposée par Aristote et Cicéron (De Re Publica III, 22 ; De Legibus I, 6, 12, 15), mais sa formulation la plus complète remonte aux Dix Commandements. La loi naturelle, inscrite dans la nature humaine, est absolue et universelle, et elle constitue le fondement sur lequel doivent reposer les relations internationales pour être stables et ordonnées. Sans référence à cette loi naturelle, les normes positives sont soumises à la volonté changeante des majorités ou à la pression des puissances dominantes. Au XXe siècle, toute tentative d’établir un ordre en dehors de la loi naturelle a échoué et la puissance est devenue le facteur décisif dans les moments cruciaux de l’histoire.

De plus, le recours à une norme internationale commune ne suffit pas sans la capacité d’imposer cette loi aux États. Depuis l’époque napoléonienne jusqu’à aujourd’hui, le droit, souvent invoqué, a rarement été souverain. Aujourd’hui, la structure des relations internationales est intrinsèquement anarchique, car il n’existe pas d’autorité supérieure capable d’assurer le respect des règles. Comme l’écrivait le politologue Hedley Bull dans The Anarchical Society (1977), l’ordre international est une « société d’États » dépourvue de gouvernement mondial. Au cours des soixante-dix dernières années, s’est développé un réseau dense de traités, tribunaux, organisations multilatérales et régimes de contrôle des armements, sans que soit empêchée la prolifération de guerres, d’annexions territoriales ou d’interventions militaires injustifiées. En l’absence de la « force du droit », toute référence à des normes universelles est illusoire et c’est la force qui domine la scène publique.

Dès le début de son pontificat, le pape Léon XIV a souvent abordé la question de la paix, rappelant à juste titre que « la guerre ne résout pas les problèmes, mais les amplifie et laisse dans l’histoire des peuples des blessures profondes, qui mettent des générations à guérir » (Angélus du 23 juin 2025). Cependant, la réalité contemporaine n’est pas celle d’un monde multipolaire harmonieux, régulé par des institutions neutres et un esprit commun de dialogue, mais celle d’une concurrence acharnée entre de grands blocs qui se disputent l’hégémonie mondiale sur les plans économique, politique et militaire. D’un côté, un système dirigé par les États-Unis et les démocraties occidentales ; de l’autre, un front qui gravite autour de la République Populaire de Chine, de la Fédération de Russie et de leurs autres ramifications en Eurasie et au Moyen-Orient. Tout comme la guerre entre la Russie et l’Ukraine n’a pas commencé en 2022, mais trouve ses origines dans les décennies précédentes, le conflit actuel entre les États-Unis et l’Iran n’est pas une invention de l’administration Trump, mais remonte à la révolution islamique de 1979 en Iran.

Si l’opération militaire des États-Unis est couronnée de succès, elle affaiblira le front communiste chinois, dont l’Iran représente un pivot stratégique au Moyen-Orient. À l’inverse, un échec de l’Amérique serait une défaite non seulement pour l’Occident tout entier, mais aussi pour l’Église catholique elle-même qui, sans la protection politique et militaire qui garantit aujourd’hui sa liberté, verrait ses possibilités d’annoncer l’Évangile de plus en plus réduites et devrait peut-être faire face à une période de persécutions sans précédent dans son histoire. C’est pourquoi tout catholique qui a à cœur la vie de l’Église ne peut que souhaiter le succès de l’Occident en ces jours de crise dramatique que nous traversons.